• On emmerde les capital-risqueurs qui font du lobbying auprès des élus, qui dénigrent la gestion de la dette par le gouvernement quand eux-même réalisent des opérations spéculatives dangereuses, planquent leur revenus à l’étranger, et font de l’optimisation fiscale à outrance, qui prônent la rigueur dans les dîners mondains et les colonnes de la presse en ligne, tout en criant au scandale dès qu’ils risquent d’être taxés au même niveau que les salariés, qui pour eux sont des feignants à qui ils offrent royalement du travail, qui pensent qu’ils créent de la croissance en prenant un maximum de risques pour financer des entreprises innovantes.
  • On emmerde les patrons à la petite semaine, qui ont monté une boite sur un business plan foireux après avoir réussi à décrocher de l’argent de capital-risqueurs, qui se prennent pour la fine fleur de l’entrepreneuriat français mais ne font tourner la boite qu’avec des stagiaires, en répétant à l’envi qu’ils se sont fait tout seul, que EUX ils se sont bougés le cul pour créer leur propre emploi, et qu’ils n’embauchent pas de CDI parce qu’ils sont juste bons à poser de congés maladie frauduleux.
  • On emmerde les médecins qui saignent la sécurité sociale en multipliant les arrêts de travail de complaisance, les consultation de 8 minutes chrono payées 23€ par la collectivité, qui délivrent des certificats médicaux sans osculation, refusent de prendre en charge des patients CMU, reçoivent à bras ouverts les visiteurs médicaux et touchent des pots-de-vin des labos, tout en manifestant sur le scandale que serait le contrôle de leurs dépassement d’honoraires.
  • On emmerde les personnes qui vont pleurer chez le médecin pour obtenir un petit arrêt de 2 jours, pour faire la jonction avec les vacances du petit, et bénéficier d’une location moins chère cet été. Ceux qui ont les moyens de payer leurs frais de santé mais se font prescrire 3 boites de Doliprane inutiles, au cas où, pour toucher 2,70€ de remboursement. Pourquoi se gêner, la sécu prélève bien assez de cotisations sur leur salaire !
  • On emmerde les salariés à courte vue, qui crachent sans cesse sur “les patrons” mais qui n’ouvrent jamais leurs gueules, sauf pendant la pause café, qui n’oseront jamais défendre leurs conditions de travail, ou soutenir des collègues qui les défendent, de peur de voir leur illusoire avancement de petit chef compromis, qui plient l’échine de peur de se faire mal voir, pour qui le summum de la lutte des classes est de se payer sur la bête en volant des ramettes de papier, des paires de ciseaux et des dosettes de café, et qui négocieront une rupture conventionnelle sur le dos de l’assurance chômage, tout en militant contre les avantages exorbitants des fonctionnaires.
  • On emmerde les fonctionnaires en bas de l’échelle, rongés par l’immobilisme, et qui malgré tout profiteront d’un avancement quasi-assuré, qui en font le moins possible en se cachant derrière leur sécurité de l’emploi, qui grugent les heures sup’ pour avoir plus de RTT, qui poussent la mesquinerie jusqu’à pointer seulement une fois l’ascenseur arrivé pour gagner 25 précieuses secondes de salaire, et qui le week-end sont soudainement moins à cheval sur leur statut, quand ils n’hésitent pas à cumuler 2 emplois pour “arrondir leurs fins de mois”. C’est normal, ils sont moins payés que dans le privé, c’est leur responsable syndical qui le leur a dit.
  • On emmerde les syndicats qui refusent de se mouiller, qui ne sont plus représentatifs de rien et ne défendent plus grand chose, si ce n’est leurs heures de bonus, leur local syndical avec fenêtre et la seule machine à café du service qu’ils ont réussi à conserver de haute lutte, en même temps qu’ils troquaient des petits avantages personnels contre la paix sociale avec le directeur régional.
  • On emmerde les cadres supérieurs de la fonction publique, qui couvrent leurs subalternes pour couvrir leurs propres magouilles, qui possèdent des voitures de luxe mais se font conduire par le chauffeur de l’administration pour leurs déplacement personnels, qui n’hésitent pas à emprunter la C3 de fonction pour madame le week-end, car c’est normal, leurs amis patrons touchent une bien plus grosse paye qu’eux. Qui entre 2 conflits d’intérêts, truqueront 1 ou 2 appels d’offres publics, de toutes façons ça n’est pas leur argent, et un autre l’aurait fait. Et puis si tout ça tourne mal, ils seront promus pour faire le moins de dégâts possibles, et continueront de voter pour le candidat à la présidentielle qui promettra de dégraisser la fonction publique et éradiquer les assistés.
  • On emmerde les fraudeurs du RSA et des minimas sociaux, qui ont un patrimoine et une rente qui leur permettent de vivre confortablement, mais qui font une demande quand même parce que selon leurs revenus, ils y ont droit. Ceux qui vont chercher des couches et des paquets de céréales aux restos du cœur, parce qu’après tout, d’autres le font, qui touchent de l’argent au black pour ne pas dépasser “la tranche” en le déclarant, avec lequel ils s’achèteront le dernier modèle d’appareil photo qu’ils s’empresseront de se faire “voler à l’arraché” 2 mois avant l’expiration de l’assurance. Qui disent que c’était un grand noir, avec une capuche, j’ai pas bien eu le temps de voir monsieur l’agent.
  • On emmerde les policiers qui pensent que leur rôle est de faire justice, qui dissuadent les gens de déposer plainte pour améliorer les statistiques de la délinquance, qui roulent à toute vitesse sans sirènes dans les rues, qui se prennent pour des cowboys avec des insignes ridicules, qui sont contre l’avocat en garde à vue sauf quand ça les concerne, qui refusent la mise en place du récépissé qui serait pourtant un minimum dans un État de droit, permettant à pas mal de gens de prouver qu’ils sont contrôlés au faciès.
  • On emmerde les hebdos qui sont prêts à toutes les vilenies pour vendre du papier, qui par le biais de leurs couvertures racoleuses salissent notre paysage et nous font peu à peu accepter que le vivre ensemble est une utopie irresponsable, qui ont perdu toute once d’objectivité et qui vont systématiquement dans le sens du vent malgré leur fausse impertinence. Qui font la course au scoop en reprenant les dépêches AFP et les tweets d’influents, qui ne réalisent plus aucune enquête sérieuse tout en bourrant leur magazine de pages de publicité, mais bien sûr, la chute de leurs ventes est avant tout la faute de Google, et la propagation de fausses infos de la faute de Twitter, depuis le temps qu’ils nous répètent que les jeux vidéos sont dangereux… Mais tout ça ne les empêchera pas de se faire inviter pour manger à l’œil contre une bonne critique.
  • On emmerde les restaurateurs qui se sont lancé dans la profession en reniflant un filon lucratif, qui emploient 3 sans-papiers en cuisine chargés de décongeler des plats de chez Metro, qui seront notés comme “fait maison” sur une carte aux prix exorbitants. Qui ont purement et simplement détourné 14,6% du prix de leur plat directement dans leur poche, qui vendent un café 2€ en s’empressant de ramasser la monnaie sur la table, monnaie qui par ailleurs ne verra jamais le tiroir caisse, mais vous comprenez, si ils ne trichaient pas, il ne pourrait pas s’en sortir, avec la crise, la clientèle a baissé.
  • On emmerde ces clients qui se disent victime de la société de consommation mais font tout pour vivre dedans, qui plutôt que d’adapter leur train de vie à leur salaire, ou de se battre pour un meilleur salaire se mettent à voler des mascara ou des crevettes à monoprix, car ils en ont BESOIN, il n’y a pas de raison que d’autres consomment ce qu’ils ne peuvent pas s’acheter, ils sont obligés d’agir de la sorte si ils veulent singer le train de vie de leurs amis qui eux ont tout hérité de leurs parents.
  • On emmerde ces héritiers qui te donnent des leçons de vie, alors qu’ils ont reçu une confortable avance de la part de leurs parents, qui te disent que tu n’y mets pas de bonne volonté, qui trouvent scandaleux de payer des droits de succession alors qu’ils ont péniblement amassé un capital sans l’aide de personne, si ce n’est de quelques générations précédentes, et qui ne voient pas pourquoi ils paieraient quoi que ce soit à la collectivité, vu que cet argent ils ont trimé pour l’avoir, sans utiliser aucune ressource ni infrastructure de l’État, que ce soit l’électricité, l’eau, le ramassage des ordures, la sécurité, le système de santé ou encore la formation.
  • On emmerde ces élèves en formation de reconversion tout frais payés par l’ANPE, à hauteur de plusieurs milliers d’euros par tête, non imposables, touchant leurs indemnités, qui n’ont aucune chance de se reconvertir car ils ont choisi cette formation au hasard, sans débouchés pour eux, et qui critiquent tous ces assistés qui profitent du système et se gavent d’aides sur leur dos, tout en votant pour le candidat qui propose de baisser les impôts, tant il est vrai que pour eux, une tranche à 75% est confiscatoire. Et si ils retrouvent un emploi un peu mieux payé que le SMIC, ils militeront contre la hausse de celui-ci. Hors de question d’être déclassé par des gens qui auront obtenu 32€ de plus par mois sans rien faire.
  • On emmerde les hommes politiques qui ne réalisent plus rien, n’ont plus de vision, ne prennent plus de risques, ballotés au gré des échéances électorales et des sondages, rongés par les conflits d’intérêts et le placement de leurs amis, tirant sur les grosses ficelles de la peur lorsque nécessaire, n’agissant plus qu’à court terme et de moins en moins dans l’intérêt du peuple qui les a élu, sachant que de toutes façons il pourra être facilement manipulé en le faisant se concentrer sur des broutilles plutôt que sur des problèmes de fond.

Prenons nos responsabilités !

On pourrait citer des exemples toute la nuit, mais le point commun de tous ces gens c’est que ce sont des voleurs à la petite semaine. Des “voleurs innocents”, invisibles, et qui pourtant détruisent et rongent peu à peu tous les mécanismes qui font que notre société fonctionne. Ils ne le font que par individualisme et par intérêt personnel, en se dédouanant, en pointant toujours celui qui fera pire qu’eux. L’enfer, c’est les autres.

Si vous vous êtes reconnus dans une des descriptions ci-dessus, vous participez à la déchéance de la société. Vous n’en tirerez aucune gloire. Vous pourrez trouver toutes les excuses possibles, dire que ceux que vous volez le méritent, mais tout ça ne mène à rien.

Seule la contribution de chacun pourra assurer la continuité d’une société égalitaire. Personne n’a rien à gagner dans sa déchéance.

Bonus

Extrait de “Son excellence Eugène Rougon” d’Émile zola :

Et, à cette heure, il se rappelait le travail lent de sa bande, ces dents aiguës qui chaque jour mangeaient un peu de sa force. Ils étaient autour de lui ; ils lui grimpaient aux genoux, puis à la poitrine, puis à la gorge, jusqu’à l’étrangler ; ils lui avaient tout pris, ses pieds pour monter, ses mains pour voler, sa mâchoire pour mordre et engloutir ; ils habitaient dans ses membres, en tiraient leur joie et leur santé, s’en donnaient des ripailles, sans songer au lendemain. Puis, aujourd’hui, l’ayant vidé, entendant le craquement de la charpente, ils filaient, pareils à ces rats que leur instinct avertit de l’éboulement prochain des maisons, dont ils ont émietté les murs. Toute la bande était luisante, florissante.

La vidéo qui m’a inspiré le ton de ce billet : un extrait de la 25e heure, avec Edward Norton

“Demain c’est loin” et “La prière”, que j’avais en tête en écrivant

C’est l’histoire d’une société qui tombe…


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